CREATIVE TALKS
Léa Zeroil
La force créative derrière Solstice, notre première collection éditée à l'aura solaire, placée sous le signe de la matérialité
Enfant du Sud, façonnée par les paysages de la Corse de son enfance et de ses étés marocains, Léa Zeroil est l’esprit créateur derrière Solstice, la première collection éditée par notre maison d’édition, Modern Metier. Une série inaugurale composée de six « créations-bijoux », que la designer française — également fondatrice de la galerie Oasis avec Robin Costes — a dessinées en faisant dialoguer son goût pour l’iconographie égyptienne et son sens de la « matérialité ». Une sensibilité à l’objet héritée d’une famille de commerçants dans la décoration, férue de voyages, qui l’a ouverte à l’architecture mauresque comme à l’artisanat indien, dont elle réinterprète aujourd’hui certains motifs dans ses réalisations. À l’occasion de notre entretien Creative Talks, elle revient sur sa pratique qui conjugue intuitivement design d’objets et scénographie, avec une attention constante portée aux savoir-faire et aux récits qu’ils portent. Un terreau fertile d’où émergent des univers immersifs et des pièces à forte présence, pensés pour se transmettre de génération en génération.
Léa, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis designer et décoratrice, formée au design textile aux écoles d’arts appliqués Duperré et Olivier de Serres. J'ai eu la chance de me former au sein des agences d'India Mahdavi et de Laura Gonzalez, deux expériences particulièrement enrichissantes qui ont profondément nourri ma sensibilité au design, à la couleur et à l'artisanat. Ces expériences ont nourri mon goût pour les décors singuliers et les univers immersifs. À la suite du décès de mon père, j’ai pris conscience de la nécessité de suivre pleinement mes aspirations créatives. J’ai alors choisi de gagner en liberté et de développer une pratique plus personnelle. Aujourd’hui, je crée des voyages décoratifs au sein de la Galerie Oasis, fondée aux côtés de Robin Costes, tout en poursuivant mon activité de designer auprès d’éditeurs de mobilier, de textile et de tapis. La toute première pièce design que j’ai dessinée fut le pouf Primo. Une assise qui a grandement inspiré la chaise Gamma éditée par Modern Metier.
Vous avez grandi dans un village corse et passé vos étés au Maroc. En quoi cet ancrage multiculturel a-t-il façonné votre regard et votre pratique du design ?
J’ai grandi à Pigna, un petit village corse perché sur les hauteurs de la Balagne. C’est un village de pierre entouré de verdure, sans la moindre voiture, qui évolue entre mer et montagne. Un véritable microcosme préservé de l’agitation citadine qui m’a profondément marquée et où je reviens dès que j’en ai le temps. J’ai grandi au sein d’une famille qui a baigné dans les arts décoratifs. Ma mère tient une boutique de décoration tandis que ma grand-mère produisait du mobilier en Inde. Mon père, quant à lui, importait des meubles du Maroc. Très tôt, j’ai été entourée d’objets, de matières, de savoir-faire. Les étés passés au Maroc dans ma famille paternelle ont également nourri mon imaginaire. J’y ai découvert la richesse des couleurs, la poterie, le travail de la matière, les décors sculptés ainsi que l’architecture arabo-andalouse et mauresque. Cette influence se retrouve aujourd’hui dans les décors que je conçois, dans mon goût pour l’ornement et dans les objets que je dessine. Les couleurs flamboyantes, les murs sculptés, la marqueterie de nacre ou encore la virtuosité des savoir-faire artisanaux constituent un autre socle de mon inspiration. Pourtant, mon intention n’est jamais de reproduire ou de faire un pastiche de ces cultures. J’essaie plutôt d’en faire émerger les souvenirs, les émotions et les sensations dans une interprétation plus contemporaine.
« Très tôt, j’ai été entourée d’objets, de matières, de savoir-faire. Les étés passés au Maroc dans ma famille paternelle ont également nourri mon imaginaire. J’y ai découvert la richesse des couleurs, la poterie, le travail de la matière (...) » - Léa Zeroil
« Très tôt, j’ai été entourée d’objets, de matières, de savoir-faire. Les étés passés au Maroc dans ma famille paternelle ont également nourri mon imaginaire. J’y ai découvert la richesse des couleurs, la poterie, le travail de la matière (...) » - Léa Zeroil
Quels mots incarneraient le mieux votre univers aujourd’hui ?
Toujours difficile de définir un style lorsque l’on est au début de sa pratique. Ce sont des objets sensoriels. Je ne cherche pas à créer de concept autour de l’objet, c’est plus l’objet qui parle de lui-même et ce que les gens peuvent projeter dessus. Je pense mes créations comme des entités à part entière et non comme des pièces qui rentrent dans une collection globale. Je me donne cette liberté de créer lorsque j’en ressens le besoin, au gré de mes envies et de mes coups de cœur.
Après plusieurs expositions — dont « Lune Rousse » à la Paris Design Week 2023 — vous vous associez en 2024 à Modern Metier pour imaginer « Solstice », première collection de la maison d’édition. Comment est née votre rencontre avec notre fondatrice, Minh Ngo ?
J’ai rencontré Minh pour faire partie de la sélection de designers de sa plateforme d’objets de designer, Modern Metier. Au lieu de ça, nous nous sommes dirigées vers un projet de collection éditée par sa maison d’édition, une première pour sa marque. Nous avons réfléchi à une collection avec une ligne courbe, comme tracée à la main, un élément de langage de mon travail que l’on retrouve dans l’ensemble de mes créations. Nous avons mélangé nos inspirations pour raconter une histoire autour d’objets à forte présence mais que nous ne voulions pas clivants ni improbables. C’est au Portugal et en France que ces créations sont fabriquées artisanalement, avec la rigueur du monde du luxe tout en restant plus accessibles pour ma génération.
Vous accordez une place centrale à la dimension narrative de l’objet. Quelles histoires raconte la collection Solstice ?
Nous voulions des pièces séduisantes. L’applique Libra est née à la suite à un voyage en Égypte en 2022, durant lequel je me suis plongée dans l’iconographie égyptienne. Cette pièce reprend les traits des disques solaires en y apportant la brillance de la céramique et la texture de la soie sauvage. Cette collection a vraiment le souci d’une matière noble qui suit le dessin. Sur l’applique Vague — structure en laiton coulée dans un moule en sable — nous avons volontairement gardé des aspérités. Chaque pièce est donc différente et cultive son authenticité. Il y a une vraie « matérialité » que l’on ne retrouve pas dans des objets neufs. Nous voulions que le geste et le travail de la main de l’artisan soient visibles. Dans cette collection, il n’y a pas de motif, mais dans chaque objet on peut lire un dessin. Quand on installe le miroir Serpentine, il se passe quelque chose d’un point de vue graphique. Les détails de ferronnerie laissent subtilement apparaître un motif sur le mur, comme les tiges des suspensions Vigne.
De quels artisans et savoir-faire vous êtes-vous entourée pour réaliser ces créations ?
Nous travaillons avec des artisans avec lesquels j’apprécie collaborer au quotidien, notamment au Portugal, où sont fabriquées les chaises Gamma, ainsi que, de mon côté, les tabourets Primo. Nous produisons les abat-jours des suspensions Vigne en France. Les pièces en céramique des appliques Libra sont quant à elles confectionnées chez Normandie Ceramics, une entreprise EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant).
Y a-t-il une création que vous avez particulièrement apprécié développer et qui a trouvé sa place chez vous ?
L’applique Vague a ce côté bijou et trésor que j’aime beaucoup. C’est un peu comme des boucles d’oreilles pour les murs. Nous l’avons d’ailleurs accrochée dans la Galerie Oasis avec Robin. Elle avait été au début pensée en tissu pour finalement être développée en laiton/ Les chaises Gamma se trouvent également dans notre bureau ; elles nous accompagnent au quotidien !
Comment voyez-vous évoluer la collection Solstice ?
Nous nous sommes récemment rendus au 3daysofdesign de Copenhague avec Modern Metier afin d’y présenter la collection dans de nouvelles finitions ainsi qu’une création inédite. Les chaises étaient habillées d’un bois laqué au vernis brillant et d’un velours enveloppant, deux matières qui apportaient un autre regard et une nouvelle esthétique à la pièce. Je conçois toujours les objets en blanc, sous le prisme de la forme. Ce n’est qu’ensuite que je donne vie à leur silhouette à travers les matières. Découvrir ces pièces évoluer depuis leur création, se réinventer grâce à de nouvelles matières, teintes, brillances et médiums, a été particulièrement enthousiasmant.
Rédactrice : Juliette Bruneau
Photographes : Armin Tehrani, Adel Slimane Fecih, Alice Mesguich, Christophe Idéal, Elvis Rulio
Projets sélectionnés : installation « The Jewellery Box » par Modern Metier & Léa Zeroil pour 3daysofdesign 2026 à Copenhague ; installation « Le Perchoir » par Léa Zeroil pour le showroom Silva Paris lors de Paris Design Week 2026 ; « exposition Mirage » par Léa Zeroil dans la Galerie Oasis lors de Paris Design Week 2025, exposition « Sirocco » par Léa Zeroil dans la galerie de Toulemonde Bochart pour Paris Design Week 2025 ; collection Solstice par Modern Metier × Léa Zeroil pour Paris Design Week 2024 ; exposition « Lune Rousse » par Léa Zeroil pour Paris Design Week 2023 à la Galerie Maestria.
Images d'inspiration : Bas-reliefs byzantins, assise de Carlo Bugatti, vase de Jean Besnard, cabinet de Jules Leleu
Solstice Collection
Applique Murale Libra en Céramique, Cognac
Modern Metier x Léa Zeroil
€720,00
- Prix à l'unité
- /Par
5 option
Chaise Gamma, Frêne Marron Foncé
Modern Metier x Léa Zeroil
De €780,00
- Prix à l'unité
- /Par