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Studio Gazar

CREATIVE TALKS

Studio Gazar

Lorsqu’une esthète issue du monde de la mode embrasse la sensualité de l’argile

Issue du monde de la mode, Midheta Agic – fondatrice du Studio Gazar – entretient depuis toujours un rapport sensible aux formes et aux matières. Lorsqu’elle découvre par curiosité le tour et la céramique, ce médium se révèle vite un terrain d’expression instinctif. Honnête et capricieuse, la céramique ne triche pas. À travers l’argile et les différents émaux aux teintes profondes qu’elle élabore, la créatrice serbe confectionne des pièces « statement » dans lesquelles elle trouve un écho au gazar, un type de soie rigide à la présence sculpturale et au tombé parfait, qui baptise sa marque et lui rappelle l’aspect « lourd, ancré dans la terre, façonné à la main » de la céramique, nous explique-t-elle. Sur ses vases, ses luminaires et ses toutes dernières créations confectionnées dans son atelier de Belgrade – mobilier et poignée de porte –, Midheta raconte une autre de ses préoccupations esthétiques : son admiration pour l’architecture. Et pas n’importe laquelle : celle de la ville de Nice, où se dessinent, dans les silhouettes des bâtiments et monuments, les volutes d’une corniche, la courbe d’une balustrade et bien d’autres ornements qu’elle transpose dans son travail. Rencontre avec une esthète à l’œil aguerri et aux mains agiles.

Midheta, pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Midheta, fondatrice de Studio Gazar, une marque présentant des créations en céramique réalisées artisanalement. Je me suis mise à la céramique par curiosité il y a quelques années, et non par formation. Je viens du monde de la mode, un univers construit autour des matières, des proportions et du langage silencieux des formes. Lorsque je me suis assise pour la première fois devant un tour et que j’ai senti l’argile réagir sous mes mains, quelque chose a basculé : c’était le même dialogue que j’avais toujours entretenu, mais avec un matériau différent. Je suis autodidacte depuis le début et cela compte beaucoup pour moi : chaque décision que je prends découle de l’observation et de l’instinct, et non d’une méthode apprise.

Racontez-nous la genèse du Studio Gazar.

Gazar a commencé comme un atelier privé. Je ne cherchais pas à créer une marque, mais à comprendre un matériau. Il existe un apprentissage particulier qui ne s’acquiert qu’en travaillant l’argile de ses mains, seul, sans public. Le nom est venu avant que tout cela ne soit défini. C'est généralement ainsi que cela se passe pour moi : le sentiment précède la structure. Gazar – le tissu, la tension entre le poids et la forme – exprimait quelque chose de vrai sur ce que je créais avant même que je puisse l'articuler moi-même.

Pourquoi avoir choisi ce nom pour votre projet ?

Le gazar est une soie, mais pas une soie souple. Il possède une structure architecturale : il tient son volume sans soutien, se dresse seul, tombe sans s'affaisser et a une présence. L'argile fait la même chose. Lourd, ancré dans la terre, façonné à la main ; et pourtant, quand cela fonctionne, la forme se tient debout par elle-même, sans qu'aucune explication ne soit nécessaire, sans armature en dessous. Cette tension entre le poids et la légèreté, entre la structure et l'honnêteté du matériau, c'est ce que j'essayais de nommer. Le gazar me semblait être le mot juste.

« Le gazar est une soie, mais pas une soie douce. Il possède une structure architecturale, il maintient le volume sans support, se tient seul, se drape sans s’effondrer et a une position. L’argile fait la même chose. » – Midheta Agic

On retrouve dans vos pièces en céramique des influences Art déco mais aussi antiques. Plusieurs objets portent également des noms évocateurs, comme le vase Vestal ou la suspension Vestige. Pouvez-vous nous parler de cette affinité pour cette esthétique néoclassique ?

Nice est mon point d'ancrage en été – une ville que je m'efforce de visiter aussi souvent que possible – pour son architecture, sa lumière, sa façon particulière de porter l'histoire sans en faire un monument. Une grande partie de ce que l’on voit dans les formes de Gazar m’est venue en parcourant cette ville : les proportions d’une corniche, la courbe d’une balustrade, la façon dont le langage décoratif s’use avec le temps jusqu’à ce qu’il ne reste finalement que la forme essentielle. Ce qui m’intéresse, c’est l’ornement, mais aussi ce qui subsiste une fois l’ornement disparu. Trois lieux m’ont particulièrement marqués sur la Côte d’Azur : la Villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat, pour la façon dont ses jardins embrassent la mer dans toutes les directions ; la Villa Kerylos à Beaulieu-sur-Mer, reconstitution d’une maison grecque antique située au bord de l’eau – sa simplicité et l’authenticité des matériaux ; et la Villa Santo Sospir à Saint-Jean-Cap-Ferrat, où Cocteau a recouvert chaque surface de dessins – un geste artistique total qu’il est impossible d’oublier.

Par ailleurs, plusieurs noms en français désignent vos pièces ainsi que la palette chromatique associée. Pour quelle raison ce choix de langue ?

Pour moi, le français est la langue de Nice. Quand je donne à quelque chose un nom comme « Vestige » ou « Brun Foncé », je ne cherche pas à faire preuve de sophistication, mais de précision. Le français m'apporte une certaine exactitude lorsqu'il s'agit de décrire les couleurs, les nuances et les matières, mais il a aussi le juste équilibre : ni trop lourd, ni trop ornemental – il convient parfaitement aux objets.

Grenat, noir profond, brun foncé : les tonalités sourdes ou neutres de votre gamme de vases, luminaires, mobilier et poignées traduisent un véritable parti pris monochrome. Comment expliquez-vous ce choix esthétique ?

Une couleur qui attire trop l'attention détourne le regard de la forme. Je travaille avec des teintes que la terre connaît déjà, des teintes qui donnent l'impression d'avoir toujours existé. Cette retenue n'est pas tant une préférence esthétique qu'une discipline : si la glaçure en fait trop, la forme n'en fait pas assez. Je veux que l'objet se révèle en silence.

Chez vous, comment faites-vous dialoguer vos pièces entre elles et avec le reste du décor de votre intérieur ?

Je vis avec les objets que je crée – c’est un choix délibéré, c’est ainsi que je les teste. Un objet qui fonctionne dans un environnement contrôlé mais qui ne s’intègre pas dans une pièce réelle n’a pas encore gagné sa place. C’est chez moi que les pièces sont mises à l’épreuve : certaines restent, d’autres repartent. Celles qui restent sont celles qui s’imposent discrètement, sans réclamer d’attention. Deux vases de la série Grenat Foncé sont actuellement posés côte à côte chez moi, et la profondeur de leur glaçure change selon la lumière et l’heure de la journée. Le lampadaire Nari se trouve dans un coin du salon, la table d’appoint en céramique Brun Foncé à côté, et la suspension noire ornée de coquillages est accrochée dans le salon. Je ne les mets pas en scène : ils vivent simplement là.

Une sélection de vos pièces est désormais proposée sur Modern Metier. Pourquoi avoir choisi de s’associer avec notre plateforme ?

Ce qui m'a attiré chez Modern Metier, c'est leur approche de la sélection : elle est mûrement réfléchie. La plateforme ne donne pas l'impression d'être une simple marketplace, mais plutôt une sélection exigeante. Cette distinction est importante pour des œuvres comme celles de Gazar. Je ne m'intéresse pas au volume, mais à ce que les bonnes personnes trouvent des objets qui leur conviennent.

Parmi les pièces présentées sur Modern Metier, on retrouve des vases, des lampes, mais aussi des luminaires, ainsi que de nouvelles propositions comme les poignées Shell ou la table d’appoint brun foncé. Envisagez-vous d’explorer prochainement de nouveaux types d’objets ou de développer davantage certaines lignes, comme le mobilier ou les poignées ?

Les poignées et la table d'appoint sont nées de la même question que je me pose toujours au départ : que souhaite devenir ce matériau lorsqu'il est soumis à une contrainte fonctionnelle ? Je ne conçois pas de collections au sens traditionnel du terme ; je me laisse guider par le matériau et le problème. Le mobilier est intéressant car les contraintes y sont de plus en plus strictes, et ce sont souvent ces contraintes qui donnent naissance aux formes les plus authentiques. Nous verrons bien où cela nous mènera.

Rédactrice : Juliette Bruneau

Photos : Midheta Agic, Villa Kerylos, Villa Santo Sospir, Villa Ephrussi de Rothschild, Lanvin Boutique rue du Faubourg Saint-Honoré inàParis